Muramvya: des destructeurs convertis en protecteurs de la Kibira

– Vue partielle de la Kibira

Par Rénovat Ndabashinze

La multiplication de nouveaux plants des arbres sauvages, le reboisement de la forêt ‘’Ikibira’’ et la traque de ceux qui dépassent les limites, tel est le but que s’est fixé aujourd’hui les femmes et hommes riverains de ce parc nationale. Une façon de repeupler les superficies dévastées lorsqu’ils s’y étaient réfugiés.

Ce parc national connu sous le nom d’Ikibira’’, mot Kirundi (la langue nationale du Burundi) s’étend sur plus de 100 km de longueur. Il est situé sur la crête Congo-Nil, cette chaîne de montagnes s’étendant du Sud du Burundi.

La forêt y est luxuriante et reste un important réservoir d’eau pour le Burundi.

On les surnomme les ‘’ gardiens de la Kibira’’. Ces femmes et hommes sont réunis, depuis 1997, dans une association dénommée Dukingirikibira (Protégeons la Kibira), œuvrant à Bugarama, commune et province Muramvya, à plus ou moins 40 km de Bujumbura, vers le Centre ou le Nord du Burundi.

« Jusqu’en 2007, nous avions déjà planté 400 mille arbres », se réjouit Marie Nduwimana, la présidente. Ils sont faits essentiellement des eucalyptus, des caliendra, … Et en 2012, 300 mille nouveaux plants de l’arbre appelé Umuremera (prunus africana) ont été planté.

Elle reconnaît que cet arbre leur est très utile : « C’est une plante médicinale. Et elle est très surexploitée par les guérisseurs traditionnels ».

Ce sont les hommes qui cueillent les graines. Car, motive-t-elle, ils sont capables de grimper. Cette maman, la cinquantaine, précise qu’1 kg est acheté à 10000 Fbu.

L’usage des écorces de bananiers au lieu des sachets pour multiplier les plants est leur spécificité. « C’est à l’aide de ces derniers que nous confectionnons une petite cuve dans lequel nous mettons de la terre. Et puis, on y met une graine ». Plus tard, ils vont servir de fumier pour le jeune plant.

Ces ‘’gardiens de la Kibira’’ se sont également mobilisés pour faire respecter les limites de ce parc national et récupérer les espaces déjà envahis. « Des comités de surveillance ont été créés sur chaque colline. En cas de dépassement de limites, nous informons l’administration. »

Pour ne pas toujours se rabattre à cette forêt, ces riverains pratiquent déjà, dans leur propriété, la culture des champignons, des légumes, des fruits, …  En vue de réduire la consommation du bois, ils forment la population sur la technique de fabrication des foyers améliorés.

 « Une réparation des dégâts causés à ce patrimoine forestier. Nous sommes redevables », justifie Nicodème Ntibagirirwa, de la colline Gatebe, riveraine ce parc national.

Selon lui, avec la crise, de 1993, c’est dans ce parc que beaucoup de riverains ont trouvé refuge. « Nous y avons passé des années, on mangeait ses fruits, ses amarantes, ses champignons, …. On abattait les arbres pour se construire des huttes, trouver le bois de chauffage. La Kibira était notre mère nourricière. » Et d’avouer qu’à cette époque qu’ils ont détruits des étendues importantes.

La Kibira, un patrimoine régional

Au Burundi, elle s’étend sur quatre provinces, à savoir, Bubanza et Cibitoke (Ouest), Kayanza (Nord)  et Muramvya (Centre). Elle abrite et accueillit des milliers d’espèces de faune et de flore très diversifiées : oiseaux, reptiles, grands mammifères, gorilles, chimpanzés, buffles, etc. On y dénombre, selon l’Association burundaise pour la protection des oiseaux (ABO), plus de 245 espèces d’oiseaux.

A l’époque monarchique (1903-1966), cette forêt   était autrefois dédiée à la chasse sacrée des rois du Burundi. Puis peu à peu, des “rebelles aux rois” ont profité de certains endroits de parc forestier pour se réfugier.

La tradition orale burundaise raconte que des rebelles au roi Mwezi Gisabo dont Kilima et Maconco s’y sont retranchés. Ainsi, rapporte la même tradition, on rapporte qu’à la demande de ses conseillers de brûler la forêt pour chasser la rébellion qui s’y était retranchée en 1906, le roi du Burundi Mwezi Gisabo rétorqua: « Pas question de mettre du feu à ce patrimoine qui assure le lien entre le Ciel et la Terre.»

Il s’étend de Bugarama au sud jusqu’à la frontière avec le Rwanda au Nord sur une longueur de plus ou moins 80 km et une largeur moyenne de 8 km. Sa superficie est d’environ 40.000 ha.

Il rejoint ensuite la forêt de Nyungwe au Rwanda voisin. Côté burundais, son altitude varie entre 1 600 et 2 600 m. Le parc national de la Kibira est une forêt afro-montagnarde composée de trois zones forestières encore intactes et d’un écosystème très diversifié.

Sur une altitude comprise entre 1100 et 1600 m, on observe une forêt claire (Albizia, Entada abyssinica, Protea mandinsis) alors que, sur les sommets des crêtes du Mumirwa et de hautes collines du Mugamba, on observe une forêt ombrophile de montagnes et des galeries submontagnardes.

Sur le versant est de la crête, la forêt fait partiellement place aux bambouseraies dominées par  Arundinaria alpina. Le long de la crête se trouvent des vestiges de forêt afromontagnarde dominée par Prunus africana, ,Entandrophragma excelsum, Parinari excelca etc.

Le sommet de la crête est couvert par une végétation xérophile à Philipia erica, Vaccinium, Agauria et Struthiola. Il s’agit d’une forêt composée de plusieurs étages liés notamment à l’altitude.

Beaucoup de rivières prennent leurs sources dans ce parc. Celui-ci joue un rôle important au niveau des bassins des fleuves Congo et Nil, jusqu’à la Méditerranée et à l’Océan Atlantique. Il exerce une influence notoire dans la régulation hydrologique et la protection des sols contre l’érosion.

Dans ce parc national de la Kibira, on distingue également des plantes comestibles (fraises sauvages (mûres) : Myrianthus arboreus (amufe) et médicinales. Aux abords de la forêt il existe des eaux thermales dénommées amahoro, amashuha. C’est un lieu qui est fréquenté pour ses bienfaits thérapeutiques.

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